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25/11/2008

Article de la Renaissance 21/11/08

Voici l'article paru dans la Renaissance, un hebdomadaire régional bourguignon, il est écrit par Delphine Cresson.

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Anne Vanier-drüssel est artiste plasticienne. Il y a onze ans, elle quittait la Saône-et-Loire et son village de Chassy pour rejoindre l’Hérault.

 

Un département d’adoption auquel elle a cette année choisi de rendre hommage en réalisant la plus longue chaînette de crochet jamais réalisée:130 km,soit la traversée d’Ouest en Est du département. Un projet artistique monumental et “dingue” pour cette quadra restée très attachée à ses racines et à sa région d’origine.

 

Depuis le 15 juin dernier, Anne Vanier-drüssel avale les kilomètreset les kilos de laine… avec les mains. À presque 42 ans, cette artiste plasticienne originaire de la commune de Chassy, du hameau Le Chêne Messard plus exactement, s’est lancée dans un incroyable projet artistique: réaliser la plus grande sculpture textile 3D de France. 24 colonnes de cônes assemblés, de 2 mètres de haut et 28 cm de diamètre. Soit au total 500 kg de laine et 130 kilomètres représentant la traversée

dans la largeur et à vol d’oiseau du département de l’Hérault.

 

Ce projet, qu’elle nomme <...Cross...>, en plus d’être un hommage tacite à ce qui est depuis une dizaine d’années son ”pays” d’adoption, sera aussi la plus longue chaînette de crochet. Au point d’apparaître, une fois homologuée, dans le fameux livre Guiness des records.

 

Mais là n’est pas la motivation principale de cette quadra qui, après avoir par exemple réécrit sur toile ses carnets de notes de travail, réalisé de longues séries de gravures, découvert sa capacité à s’amuser avec la profondeur de l’espace en créant les premiers livres d’artistes muraux imprimés à l’encre blanche…, voulait surtout se défier physiquement dans l’immobilité qu’exigent les cinq (voire sept) heures de crochetage quotidien. Le même geste sept jours sur sept, six mois

durant, soit 25 semaines consécutives, à raison de 800 mètres par jour et 5,6 km par semaine, pour obtenir les colonnes monumentales.

 

Un défi artistique et physique

 

Je veux exprimer dans ce défi physique et mental ma volonté de marier l’art contemporain avec l’art populaire, explique l’artiste. Le crochet étant lié généralement aux vieilles dames, à la ruralité et le livre des records symbolisant les monstruosités et les folles réalisations des hommes que j’adore ! Je pense que je serai la seule dingue en France à traverser un département avec mes mains mais je veux aller au bout de cette épreuve de concentration non-stop dans la solitude,

et ce coûte que coûte.” Quelque soit la douleur, la fatigue.

 

En effet, après 22 semaines passées sur son fauteuil de torture (soit un peu plus de 120 km parcourus), les séances de kiné ne suffisent plus -“mon bras droit n’en peut plus“-, les nuits de dix heures non plus. Celle qui se définit aujourd’hui comme un véritable microcosme qui avale et ressent par les mains “en rêve même la nuit”. Et chaque jour, “comme il n’y a pas d’équilibre entre la tête et les mains, il me faut en plus centraliser ma divagation par des exercices mentaux.” D’ici quelques jours, voire quelques heures, cette première phase du projet sera terminée. Viendront ensuite la consignation rigoureuse de tous les détails de la réalisation, déjà commencée sous diverses formes complémentaires (écrits, photos, vidéos, blog, dessins graphiques) et les expositions de fin de projet pendant un à deux ans (la sculpture monumentale bien sûr, mais aussi le siège “retravaillé”, les peintures,

les dessins…).

 

Étant donné qu’il s’agit de mon dernier grand projet dans l’Hérault et qu’il concerne directement le département, j’aimerais exposer à Montpellier dans une grande et belle salle pour pouvoir suspendre ces 31 rangées de quatre cônes empilés, explique Anne. Mais ma volonté est aussi de l’amener et de l’exposer en Bourgogne, dans ma région.” Sa région d’origine, de coeur. “Ces odeurs, ces paysages magnifiques, cette herbe moelleuse sous le pied, cette beauté…”, qui lui manquent tant et qu’elle aime à retrouver dès que possible chez ses parents toujours installés à Chassy, lui ont imposé presque naturellement la couleur du fil de laine utilisé : le vert, sauf tous les 400 mètres où elle noue un fil rouge pour retrouver l’ancienne mesure occitane de l’Arpent. “Le vert est une couleur assez vaste, symbole de la chlorophylle, indispensable à la vie sur terre, mais aussi couleur de la Bourgogne.”

 

Pour la bonne cause

 

Pour réaliser cette oeuvre, l’artiste a pu compter sur le soutien de nombreux Saône-et-Loiriens, particuliers ou professionnels, parmi lesquels les filatures Plassard, installées à Varennes-sous-Dun, principal fournisseur de laine. Ceux qui ont contribué, en envoyant ne serait-ce qu’une boule de laine, ont d’ailleurs été cités sur son blog et seront associés à ce projet monumental, “qui je l’espère va créer un certain émoi”.

 

Delphine Cresson

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